
Bon, vous savez, l'autre jour, j'étais chez le boucher. Un type discute avec lui, le boucher, et lui sort un truc du genre : "Alors, les tranches de lard, elles sont toujours aussi fatales ?". Et là, BAM, ça m'a fait tilt. Pourquoi fatales ? Le lard, fatal ? C'est pas comme si c'était une énigme à résoudre, hein ? ... Ou peut-être que si ? (Spoiler alert : ça l'est presque !).
Ça m'a immédiatement renvoyé à une image, une image qui combine deux univers complètement différents : Francis Bacon et le mythe d'Œdipe et du Sphinx. Deux mondes que, a priori, on n'a pas forcément envie de mélanger au petit déjeuner. Mais croyez-moi, ça vaut le coup de s'y pencher. Accrochez-vous, on va explorer tout ça.
Francis Bacon : Le Cri Silencieux de la Chair
Francis Bacon, c'est un peintre, un peintre britannique du XXe siècle. Si vous ne le connaissez pas, imaginez des tableaux... euh... comment dire... percutants. Des figures humaines déformées, torturées, souvent enfermées dans des espaces claustrophobes. C'est pas vraiment le genre de truc qu'on accroche au-dessus de la cheminée si on veut une ambiance cosy (quoique, chacun son truc !). Mais c'est puissant, viscéral, et ça vous prend aux tripes.
Ce qu'il faut retenir de Bacon :
- L'angoisse existentielle : Bacon peint l'angoisse, la solitude, la fragilité de la condition humaine. C'est pas joyeux, mais c'est honnête.
- La déformation de la chair : Les corps sont tordus, étirés, déformés. On dirait parfois de la viande fraîche exposée sur un étal. (Le boucher, vous voyez le lien ?)
- L'influence des maîtres : Bacon s'inspire de Velázquez, de Rembrandt, mais il les tord, les réinvente, les transcende.
Bacon, c'est un peu le punk de la peinture classique. Il prend les codes et les balance par la fenêtre. Et au milieu de tout ça, on retrouve une fascination constante pour la violence, la douleur, la mort. Glamour, non ?
Œdipe et le Sphinx : L'Énigme et la Destinée
Maintenant, parlons d'Œdipe. Tout le monde connaît l'histoire, non ? (Si vous n'avez jamais entendu parler d'Œdipe, fermez cet article et allez lire un bouquin de mythologie grecque. C'est une culture générale minimale, quoi !). En bref, Œdipe est abandonné à la naissance, élevé par des parents adoptifs, et finit par tuer son père et épouser sa mère sans le savoir. Un programme familial plutôt chargé, on est d'accord.

Mais avant tout ça, Œdipe est surtout connu pour avoir résolu l'énigme du Sphinx. Le Sphinx, c'est ce monstre mi-femme mi-lion qui terrorise la ville de Thèbes en posant une question à tous les passants : "Quel est l'être qui marche à quatre pattes le matin, à deux pattes à midi, et à trois pattes le soir ?". Si on ne répond pas correctement, le Sphinx nous dévore. Ambiance.
Œdipe, lui, trouve la réponse : c'est l'homme. Bébé, il rampe (quatre pattes). Adulte, il marche sur ses deux jambes (deux pattes). Et vieillard, il s'aide d'une canne (trois pattes). En résolvant l'énigme, Œdipe libère Thèbes et devient son roi. Héros !... Du moins, au début.
Ce qu'il faut retenir d'Œdipe :
- L'énigme : Le Sphinx symbolise l'inconnu, les questions existentielles auxquelles on est confronté.
- La fatalité : Malgré son intelligence et son courage, Œdipe ne peut échapper à son destin. C'est un peu déprimant, mais c'est la tragédie grecque.
- La connaissance de soi : La tragédie d'Œdipe est avant tout une quête de la vérité, une recherche de soi. Mais la vérité fait mal... très mal.
Le Lard et l'Énigme : Quand Bacon Rencontre Œdipe
Alors, quel est le rapport entre tout ça ? Patience, on y arrive. Ce qui est fascinant, c'est la manière dont Bacon s'approprie et réinterprète le mythe d'Œdipe. Il ne s'agit pas d'une illustration littérale du mythe, mais d'une transposition, d'une résonance profonde.

Dans certaines de ses œuvres, Bacon représente des figures humaines torturées, hurlantes, enfermées dans des cages ou des espaces clos. Ces figures évoquent l'angoisse d'Œdipe face à son destin. Elles sont prises au piège, incapables d'échapper à la fatalité. Elles sont victimes de quelque chose qu'elles ne comprennent pas complètement. C'est là où le lard entre en jeu (enfin, pas littéralement !). La chair torturée des personnages de Bacon, c'est un peu comme ces tranches de lard qu'on observe chez le boucher. Elles sont là, exposées, vulnérables, prêtes à être consommées. Elles incarnent la fragilité de l'existence, la brutalité du monde.
Et l'énigme du Sphinx dans tout ça ? Eh bien, pour Bacon, la vie elle-même est une énigme. On est tous confrontés à des questions sans réponses, à des mystères insondables. On cherche un sens à notre existence, mais on ne le trouve pas toujours. Les personnages de Bacon sont un peu comme Œdipe face au Sphinx. Ils sont confrontés à une énigme, mais ils n'ont pas la réponse. Et cette absence de réponse les plonge dans l'angoisse et le désespoir.

Quelques points de convergence :
- La déformation : Bacon déforme les corps comme le destin déforme la vie d'Œdipe.
- L'enfermement : Les cages et les espaces clos dans les tableaux de Bacon symbolisent la fatalité d'Œdipe.
- Le cri : Le cri des personnages de Bacon est le cri de l'homme confronté à l'absurdité de son existence, un cri qui fait écho à la souffrance d'Œdipe lorsqu'il découvre la vérité sur ses origines.
Mais il y a une différence importante. Œdipe finit par trouver la réponse à l'énigme du Sphinx, même si cette réponse le conduit à sa perte. Les personnages de Bacon, eux, restent coincés dans l'énigme. Ils ne trouvent pas de solution, ils ne trouvent pas de rédemption. Ils sont condamnés à hurler leur désespoir dans le vide. C'est peut-être ça, la véritable tragédie selon Bacon. Ce n'est pas tant la fatalité, mais l'absence de sens.
Conclusion : Le Goût Amer de la Vérité (et du Lard !)
Alors, le lard, c'est fatal ? Peut-être pas littéralement, mais ça peut nous rappeler la fragilité de la vie, la violence du monde, l'absurdité de l'existence. Et c'est peut-être pour ça que Bacon nous fascine autant. Il nous confronte à notre propre vulnérabilité, à notre propre angoisse. Il nous montre la chair à vif, sans fard, sans illusions. Et ça, c'est pas toujours facile à digérer. (Un peu comme une tranche de lard trop grasse...).
En fin de compte, l'œuvre de Bacon, c'est un peu comme l'histoire d'Œdipe : une invitation à se poser des questions, à chercher la vérité, même si elle est douloureuse. Une invitation à accepter l'énigme de notre existence, même si on ne trouve pas la réponse. Et peut-être, juste peut-être, à apprécier une bonne tranche de lard de temps en temps. (Avec modération, bien sûr !). Parce que même si la vie est une tragédie, autant la savourer tant qu'on peut.