
Ah, le cahier de français de 4ème! Rien que d'y penser, ça me replonge directement dans mes années collège. Vous vous souvenez, cette époque où on se demandait si on allait enfin comprendre la différence entre l'imparfait et le passé simple? (Spoiler alert: la réponse est souvent "pas vraiment" avant quelques années plus tard, n'est-ce pas?).
Et puis il y avait la page de garde... le Saint Graal du cahier. Un peu comme la couverture d'un album, sauf que cette fois, c'est nous les artistes. On avait une mission : transformer cette page blanche et triste en une œuvre d'art, un symbole de notre génie créatif, un avant-goût de notre amour inconditionnel... du français (ou du moins, de la prof de français, on ne va pas se mentir!).
L'épopée de la page de garde
La quête de l'image parfaite pour la page de garde de son cahier de français de 4ème, c'était un peu comme chercher le jean parfait. On y mettait du cœur, de l'énergie, et surtout, une bonne dose d'angoisse. Est-ce que ça va être assez bien? Est-ce que ça va faire trop "gamin"? Est-ce que madame la prof va apprécier, ou est-ce qu'elle va penser que je me moque du monde en gribouillant un chat qui parle français avec un accent québécois?
On avait le choix. Le collage, style accumulation de photos de Paris (la Tour Eiffel, bien sûr, et Brigitte Bardot, pour une touche de "je suis cultivé(e)"), des citations inspirantes (du genre "La vie est belle" trouvée dans un magazine de maman), ou des bouts de papier glacé découpés un peu partout. Le collage, c'était le bordel organisé, un peu comme notre bureau à la maison.
Ou alors, on optait pour le dessin. On s'imaginait devenir le prochain Monet. En réalité, on finissait souvent avec un bonhomme bâton tenant un drapeau français et disant "Bonjour!". Mais bon, l'intention était là! Parfois, on s'aventurait à dessiner des monuments. Ah, les cathédrales gothiques... reproduites avec des perspectives dignes d'un Picasso sous acide.

Et puis, il y avait ceux qui étaient vraiment doués. Ceux qui maîtrisaient l'art du lettrage, qui avaient un sens de l'esthétique développé (probablement grâce à leur grand-mère qui faisait des ateliers de scrapbooking). Eux, ils nous impressionnaient. On les regardait, envieux, se disant "Un jour, moi aussi, j'arriverai à écrire 'Cahier de Français' avec une police qui ressemble à des vignes qui s'entrelacent".
Plus qu'une simple image
Au-delà de l'image en elle-même, la page de garde du cahier de français de 4ème, c'était surtout un moment de décompression. Un instant où on pouvait laisser libre cours à notre imagination, s'exprimer, affirmer notre identité (même si, la plupart du temps, ça se résumait à notre passion pour les mangas ou pour un groupe de pop coréenne).

C'était aussi un rituel. On passait des heures à faire cette page de garde, on la bichonnait, on la montrait fièrement à nos copains. Et puis, au bout de quelques semaines, elle finissait couverte de gribouillis, de tâches de café, et de petits mots échangés pendant les cours. Mais bizarrement, ça ne la rendait que plus belle, plus authentique, plus... nous.
Alors, la prochaine fois que vous tomberez sur une vieille photo de classe, regardez bien les cahiers de français. Vous y trouverez bien plus que de simples notes. Vous y trouverez des fragments de nos vies d'adolescents, des rêves, des espoirs, et surtout, l'envie irrésistible de créer quelque chose d'unique, même si c'est juste une page de garde.