
Souvenez-vous de l'odeur de la colle Cléopâtre. Celle qui, avouons-le, finissait plus souvent sur nos doigts qu'à coller quoi que ce soit. Et puis, les cahiers. Pas les gros cahiers à spirales sans âme d'aujourd'hui (pardon, mais c'est vrai!), mais ces petits cahiers, souvent à petits carreaux, avec une page de garde à décorer. Ah, la page de garde! Un terrain de jeu artistique illimité.
On gribouillait, on dessinait, on copiait les motifs des couvertures des magazines. Et parfois, quand on était particulièrement inspiré (ou qu'on s'ennuyait en cours de maths), on créait un cahier spécial, un cahier précieux : un cahier de poésie, de chants et de musique. Ça vous revient, non ?
Pourquoi ce petit cahier était-il si important?
Parce que, soyons honnêtes, c'était un échappatoire. Un refuge loin des conjugaisons et des équations. Un endroit où l'on pouvait, enfin, être soi-même. Vous aussi, vous aviez votre artiste refoulé qui ne demandait qu'à s'exprimer ?
- La poésie : Recopier les vers de Baudelaire (en cachette, parce que c'était "interdit"), griffonner ses propres poèmes d'adolescent torturé (le plus souvent sur le thème de l'amour impossible ou de la fin du monde - très original).
- Les chants : Noter les paroles de ses chansons préférées, celles qu'on chantait à tue-tête dans sa chambre avec une brosse à cheveux en guise de micro. (Qui n'a jamais fait ça ? Ne mentez pas !)
- La musique : Essayer de retranscrire quelques notes de musique, souvent sans succès, mais avec une passion débordante. (Bon, d'accord, pour la musique, c'était souvent un peu plus chaotique...).
Et puis, il y avait cette page de garde, la vitrine de notre créativité. Un concentré de nos passions, de nos influences, de nos rêves. On y mettait tout notre cœur.
La page de garde : un art à part entière
La page de garde d'un cahier de poésie, de chants et de musique, c'était bien plus qu'une simple page d'identification. C'était une déclaration. Une façon de dire : "Regardez, ceci est mon monde, mon univers."

Techniques utilisées :
- Le collage : Découper des images dans les magazines, des photos, des tickets de concert...
- Le dessin : Des motifs géométriques, des portraits de stars, des paysages imaginaires...
- L'écriture : Calligraphie approximative, citations inspirantes, titres pompeux...
Bref, c'était un joyeux bazar, mais un bazar qui nous ressemblait. Et c'est ça qui comptait.

Petits cahiers, grandes émotions
Ces petits cahiers, on les gardait précieusement. Ils étaient le témoin de notre adolescence, de nos premiers amours, de nos premières désillusions. Ils sont remplis d'émotions et de souvenirs. Aujourd'hui, ils dorment peut-être au fond d'un carton, mais ils n'ont rien perdu de leur pouvoir évocateur. N'est-ce pas ?
Alors, la prochaine fois que vous en croiserez un dans un vide-grenier, arrêtez-vous un instant. Regardez sa page de garde, imaginez l'histoire qu'il renferme. Qui sait, vous y trouverez peut-être un peu de vous-même.