
Ah, la fameuse page de garde du cahier en français... On dirait presque une initiation, un rite de passage obligatoire pour tous les écoliers et collégiens. C'est un peu comme se faire baptiser dans l'encre et le feutre ! On y a tous laissé un peu de notre âme d'artiste (ou de notre âme de gribouilleur maladroit, soyons honnêtes!).
Vous vous souvenez, n'est-ce pas ? La mission : transformer cette page blanche, immaculée et pleine de promesses (ou de terreur, selon votre niveau d'enthousiasme pour le français), en une œuvre d'art digne de figurer au Louvre. Ou du moins, une œuvre qui ne fasse pas rouler des yeux Madame Dubois, votre prof de français, celle qui avait toujours une craie à la main et un regard... perçant.
"Cahier de Français", fièrement écrit en lettres capitales, parfois ornées de petits cœurs ou d'étoiles si l'inspiration était au rendez-vous. On y ajoutait notre nom, notre prénom, la classe, le nom du prof (celui qu’on recopiait méticuleusement pour ne pas faire d’erreur, car attention à la colère divine si on écorchait le nom de Madame Dupont!). C'était notre espace, notre territoire à marquer.
Et puis, venait le moment fatidique : l'illustration. Là, c'était le grand bazar. Soit on puisait dans nos talents de Picasso en herbe (ce qui donnait souvent des résultats... disons... surprenants), soit on optait pour la solution de facilité : décalquer une image de magazine ou de livre. Un champ de blé ? Un coucher de soleil ? Un portrait de Victor Hugo mal décalqué qui ressemblait plus à un monstre gentil ? Tout était permis (ou presque!).
Avouons-le, pour beaucoup d'entre nous, cette page de garde était le seul endroit du cahier où on se permettait d'être vraiment créatifs. Le reste du temps, on était contraints par les règles de grammaire, l'orthographe (toujours capricieuse) et les exercices ennuyeux. Mais là, sur cette page, on était libres ! On pouvait utiliser toutes les couleurs de notre trousse, dessiner des monstres, des fleurs, des voitures... Tout, sauf, peut-être, un dinosaure, parce que, soyons sérieux, ça n'avait rien à faire dans un cahier de français.

Petites anecdotes vécues (et honteuses)
J'ai un ami, par exemple, qui avait décidé de dessiner un portrait de lui-même en train de lire un livre. Le résultat était... spécial. On aurait dit qu'il avait une tête de patate et qu'il était en train de dévorer le livre plutôt que de le lire. Madame Dubois avait commenté, avec un sourire narquois : "Intéressant... On dirait que le français vous donne faim, Monsieur Dupont !".
Et moi, je me souviens avoir passé des heures à essayer de dessiner un château médiéval avec des tours pointues et des drapeaux flottant au vent. Le résultat ressemblait plus à une cabane de jardin en ruine qu'à un château digne de ce nom. Mais j'étais tellement fière de mon travail ! (Enfin, jusqu'à ce que je vois la page de garde de ma voisine, qui était une véritable artiste en herbe et qui avait dessiné une magnifique forêt enchantée... Snif!).

Alors, la prochaine fois que vous croiserez un cahier de français un peu défraîchi, avec une page de garde gribouillée, ayez une petite pensée pour tous ces écoliers qui ont passé des heures à essayer de la rendre parfaite. Parce que, au fond, c'était bien plus qu'une simple page : c'était une petite fenêtre ouverte sur leur imagination, leur créativité et leur amour (ou leur aversion) pour la langue française.
Et puis, soyons honnêtes, c'était aussi une excellente excuse pour utiliser tous nos feutres de couleurs !