
Ah, la page de garde du cahier d'anglais. Un monument de la scolarité, un Everest de l'organisation... ou un abîme de procrastination, selon votre nature. C'est un peu comme le premier jour des soldes : on y va plein d'enthousiasme et on finit souvent déçu(e) avec un truc qu'on ne portera jamais.
"Danger Ecole". Ces mots, écrits en lettres tremblantes, parfois gothiques (parce que, soyons honnêtes, on avait tous une phase "dark" au collège), résument tellement bien l'état d'esprit de l'écolier moyen. C'est la zone, le territoire à marquer, le préambule d'une année scolaire pleine de promesses (et de contrôles surprises).
On se souvient tous des rivalités. La course à la plus belle page de garde, c'était pire que Top Chef! Il y avait le/la perfectionniste, avec ses marqueurs fluo assortis et ses polices de caractères dignes d'une imprimerie. Et puis il y avait nous, les "artistes en herbe", qui tentions des trucs... disons... audacieux. Des dessins de Big Ben qui ressemblaient plus à la tour de Pise après un tremblement de terre, des Union Jacks bancals, et des citations de Shakespeare interprétées de manière... personnelle.
L'expression "Danger Ecole", souvent accompagnée d'un crâne rigolard ou d'un personnage de cartoon effrayé, c'était l'humour grinçant de notre adolescence. C'était notre façon de dire : "Oui, je vais à l'école. Oui, c'est potentiellement dangereux pour mon équilibre mental. Mais je le fais avec une certaine dose d'ironie." C'est un peu comme mettre des chaussettes dépareillées pour aller à un entretien d'embauche: un petit acte de rébellion discrète.

Et le cahier d'anglais, parlons-en ! C'était le réceptacle de nos efforts plus ou moins fructueux pour maîtriser les irregular verbs, les phrasal verbs (véritable cauchemar!), et l'art subtil de la conjugaison au present perfect continuous. On y trouvait des listes de vocabulaire griffonnées, des tentatives désespérées de traduire "J'aime manger des crêpes" en anglais, et des gribouillis abstraits pendant les cours un peu longs.
Sans oublier les fameuses dédicaces ! Toute une page de garde qui se respecte se devait d'accueillir les signatures des copains et copines, souvent accompagnées de petits mots doux ou de blagues douteuses. C'était un peu le Facebook de l'époque, en version papier et moins intrusive. "Keep in touch !" "On se capte !" Autant de promesses que l'existence se chargera souvent de ne pas honorer (snif).

Aujourd'hui, quand on repense à ces "pages de garde danger école", ça nous rappelle une époque. Une époque où le stress venait principalement de la composition de la page de garde et de la crainte de ne pas avoir assez de Tipp-Ex pour corriger nos erreurs. C'était simple, finalement. Un peu bête, parfois. Mais simple.
Alors, la prochaine fois que vous tombez sur un vieux cahier d'anglais avec sa page de garde d'époque, prenez un instant pour sourire. C'est un morceau de votre histoire, un témoignage de vos angoisses et de vos ambitions d'adolescent(e). Et puis, soyons honnêtes, c'est souvent beaucoup plus drôle à regarder que la déclaration d'impôts!